par Tim Hepher, Sabine Siebold et Maria Rugamer
Airbus AIR.PA se tourne de plus en plus vers le suédois Saab comme futur partenaire privilégié à l'heure où l'échec du projet commun d'avion de combat du futur entre la France et l'Allemagne (Scaf) laisse présager de nouvelles alliances européennes en matière de défense, ont déclaré trois sources au fait du sujet.
S'associer au constructeur de l'appareil militaire Gripen n'est pas la seule option pour le groupe européen, qui représente l'Allemagne et l'Espagne sur le marché des avions de combat. Des contacts de haut niveau ont ainsi également eu lieu au sujet d'un projet distinct impliquant la Grande-Bretagne, l'Italie et le Japon.
Mais Airbus et Saab SAABb.ST mènent des discussions exploratoires depuis au moins six mois, encouragés par le resserrement des liens en matière de défense entre l'Allemagne et la Suède, ont déclaré les sources.
Saab a déclaré que toute coopération relèverait d'une décision politique. "Cela dit (...), nous sommes ouverts à une collaboration avec de nombreux acteurs de l'industrie de la défense", a ajouté un porte-parole.
Airbus n'a pas fait de commentaires dans l'immédiat.
Les discussions avec Saab sont jusqu'à présent restées en grande partie conceptuelles afin de pas anticiper l'échec du projet Scaf, selon les sources, mais la rupture entre Airbus et Dassault Aviation AM.PA annoncée cette semaine – qui devrait être officialisée lors du salon aéronautique de Berlin – pourrait permettre à Airbus d'explorer plus ouvertement un partenariat nordique.
A Berlin, le directeur général d'Airbus Defence & Space Michael Schoellhorn a confirmé auprès de Reuters que Saab figurait parmi les partenaires potentiels, ajoutant toutefois qu'il était trop tôt pour écarter d'autres options.
LE PROJET GCAP, UNE AUTRE OPTION POUR AIRBUS ET BERLIN
"Il existe des partenaires potentiels, par exemple Saab. Il appartiendra également à l'armée de l'air (allemande) (...) de redéfinir ce dont elle a réellement besoin", a-t-il dit.
Mardi, Leonardo LDOF.MI a ouvert la porte à Airbus et à l'Allemagne, principal bailleur de fonds du groupe européen dans le domaine de la défense, afin qu'ils rejoignent un autre projet, le GCAP, développé par la Grande-Bretagne, l'Italie et le Japon.
Berlin serait un "partenaire particulièrement pertinent", a déclaré à Reuters Lorenzo Mariani, directeur général du groupe italien.
L'échec du Scaf après neuf ans porte un coup dur à la coopération européenne en matière de défense, selon les analystes. Et les décisions sur la suite des événements seront structurantes pour les prochaines décennies.
"Cela montre à quel point il est difficile d'aligner les priorités militaires, politiques et industrielles", a déclaré Douglas Barrie, chercheur en aérospatiale militaire à l'Institut international d'études stratégiques.
La Suède est restée indépendante lors de la dernière phase de développement des avions de combat en construisant le Gripen, tandis que la France produisait le Rafale et que la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie développaient conjointement l'Eurofighter.
Stockholm, après s'être initialement associée à la Grande-Bretagne, n'a pas encore dévoilé son jeu pour la prochaine génération d'appareils et mène actuellement des recherches sur un successeur au Gripen, avec des décisions politiques attendues d'ici 2030.
AIRBUS ET SAAB SE SONT RAPPROCHÉS
Des sources au fait du dossier ont indiqué que la Suède avait à la fois la volonté et la technologie nécessaires pour s'associer à Airbus si on la sollicitait.
Les deux parties se sont en tout cas progressivement rapprochées ces derniers mois.
Lors d'une visite en Allemagne en septembre dernier, le ministre suédois de la Défense, Pal Jonson, a évoqué une coopération industrielle "en plein essor" et, en décembre, Reuters a rapporté que Saab et Airbus avaient entamé des discussions en vue d'une coopération dans le domaine des technologies sans pilote.
Ces discussions portaient principalement sur le soutien aux avions de chasse avec pilote existants tels que l'Eurofighter et le Gripen E, mais des sources estiment qu'elles pourraient faciliter une coopération plus approfondie.
Des obstacles subsistent toutefois, quelle que soit la voie choisie par Berlin.
Tout comme la France et l'Allemagne ont historiquement divergé sur le rôle de leurs avions de chasse - ce qui a conduit Paris à quitter le programme Eurofighter dans les années 1980 pour construire le Rafale -, on ignore pour le moment dans quelle mesure les besoins allemands et suédois sont alignés.
Selon des sources internes, le programme de GCAP est cependant quant à lui contraint par une échéance fixée avec le Japon à l'horizon 2035, ce qui rend difficile de proposer à Berlin davantage qu'un rôle secondaire.
L'HYPOTHÈSE D'UN CAVALIER SEUL PARAÎT MOINS PROBABLE
Des doutes subsistent également sur la capacité d'un pays à faire cavalier seul.
Dassault, seule entreprise européenne à avoir développé un chasseur de A à Z avec des moteurs de son pays, affirme être prête à recommencer, bien que les finances publiques françaises soient sous pression.
Lors du salon aéronautique, une alliance menée par Airbus devrait lancer une campagne de lobbying en faveur des entreprises allemandes, bien que des sources assurent qu'il ne s'agit pas de lancer un nouveau projet.
Michael Schoellhorn a pour sa part minimisé l'éventualité d'une démarche solitaire : "L'Allemagne a clairement indiqué à de nombreuses reprises, y compris sur le plan politique, que nous continuons à penser européen."
Compte tenu d'une demande intérieure limitée pour amortir les coûts et des pressions budgétaires sur l'ensemble du continent, les analystes estiment que les pays européens produisant des avions de chasse, à l'exception de la France, continueront de rechercher des alliances, potentiellement en se tournant vers Moyen-Orient.
"Cela ne rend pas le produit bon marché, mais cela le rend abordable. Certaines de ces choses sont vraiment difficiles à réaliser seul, sauf pour les Américains ou les Chinois", selon Douglas Barrie.
(Avec Johan Ahlander, Ludwig Burger, Angelo Amante, Sarah Young, Joanna Plucinska et Michel Rose, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)

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